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Research Overview: Belgium

The Center of Sociology of Work, Employment and Training (TEF) of the Free University of Brussels (ULB), Belgium

This is the first section of the first Belgian draft report. If you would like to read it in its entirety, you can download it as a PDF. The document is currently only available in French.

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Racial and ethnic minorities, immigration and the role of trade unions in combating discrimination and xenophobia

1. Spécificité de la « Race » et du Racisme

Les termes utilisés pour désigner les personnes ayant immigré peuvent être séparés en deux catégories : les mots de l’immigration et les mots du multiculturalisme. Généralement, une confusion est établie entre ces termes, particulièrement en français. Ainsi, on continue à nommer « immigrés » les personnes nées en Belgique de parents étrangers, mais disposant de la nationalité belge. En ce sens, le mot « immigré » fonctionne comme s’il s’agissait de la race. On peut estimer que ce qui est nommé aux États-Unis ou au Royaume-Uni de races correspond en Belgique aux immigrés.

1.1.Les mots de l’immigration

Les mots de l’immigration ont évolué dans le temps. En Belgique, l’immigration de travail se développe particulièrement durant les années 1930. Durant cette période de l’entre-deux-guerres, le terme le plus fréquent pour qualifier ces personnes est celui de travailleurs étrangers. Si ces personnes sont d’abord désignées par leur activité professionnelle, elles sont aussi différenciées par leur origine nationale. Ainsi, le qualificatif « étranger » renvoie à une conception très nationaliste de l’époque. L’étranger, représenté par la figure de l’espion ou de l’agitateur politique, constitue une menace en termes d’ordre public et politique. Le travailleur étranger n’existe pas en dehors de sa fonction économique : il doit combler les besoins conjoncturels du marché de l’emploi. Dans la mesure où il n’était pas destiné à rester, le qualificatif étranger (versus national) a ton son poids. La Belgique, à l’instar de la plupart des pays européens, ne s’est jamais considéré comme un pays d’immigration. L’installation définitive n’a jamais été un objectif poursuivi par les autorités politiques.

La dénomination change dans l’après-guerre. La grande vague migratoire s’étale entre 1947 à 1974. Au cours de cette période, un autre mot s’impose : celui d’immigré. Ce substantif synthétise bien les deux référents de la désignation antérieure. L’immigré est un travailleur (peu qualifié) et étranger. Cette dénomination unique renvoie plus précisément à l’émigration-immigration elle-même. La catégorie immigrée n’est pas de nature juridique, c’est une catégorie sociologique. A la notion d’immigré, qui est aussi perçu et qui se perçoit, comme un « oiseau de passage » sont aussi associés des attributs implicites spécifiques : corvéable, poli, irréprochable, révérencieux, etc. Dans la mesure où l’immigration familiale a été utilisée, très tôt, par la Belgique pour attirer ces travailleurs, le mot immigré est aussi lié à « famille immigrée ». La question de l’immigration ne touche pas seulement le monde du travail, mais aussi la vie quotidienne, dans le quartier ou le voisinage, et dans les institutions (notamment les écoles). Le mot immigré par sa permanence dans le temps tend à accréditer l’idée qu’il fonctionne comme la catégorie de race. Toutefois, les particularités de la Belgique, et l’usage de deux langues, montrent aussi des différences dans la perception des immigrés et de leurs descendants comme nous allons le voir ultérieurement. Les mots les plus fréquents en Flamands sont soit le substantif juridique vreemdeling (étranger), soit le mot sociologique migrant.

Depuis la fermeture des frontières en 1974, même si l’immigration continue, les nouveaux migrants sont désignés par de nouvelles qualifications : réfugié, sans-papiers, clandestins. Ces termes renvoient essentiellement à la politique d’immigration et d’asile actuelle. Dans le terme réfugié, désignant les demandeurs d’asile, on essaie de mélanger dans le sens commun les « réfugiés politiques » (qui ne sont qu’une partie légalement des candidats réfugiés) et les « réfugiés économiques ». En outre, la politique d’immigration-zéro, depuis 1974, à contribuer à la fabrication de sans-papiers, catégorie subjective proposée par les acteurs eux-mêmes lors de la constitution de mouvements sociaux. Ces personnes peuvent avoir une histoire migratoire très diversifiée. Les sans-papiers peuvent être séparés, analytiquement en deux groupes : celui composé de personnes en situation irrégulière (quant au séjour) mais entrées légalement et d’autre part, celui composé de personnes qui sont entrées illégalement. Ces dernières sont celles qui peuvent véritablement être qualifiées de clandestins. Par contre, le premier groupe est composé de personnes entrées légalement et qui voit leur titre d’entrée ou de séjour expiré, il s’agit par exemple des travailleurs temporaires, des étudiants, des demandeurs d’asile qui sont déboutés, des personnes entrées avec un visa de touriste, voire ceux qui sont entrés légalement sans visa de touriste et qui séjournent illégalement. Il est possible de considérer que les sans-papiers ou les irréguliers constituent la nouvelle figure de la politique migratoire post-industrielle.

Depuis 1989, et peut-être plus précisément 1993, date à laquelle de nombreux ressortissants de pays d’Europe centrale et orientale non plus eu besoin de visa de touriste pour entrer dans l’espace européen, l’arrivée de nouveaux migrants s’accroît. A la différence des périodes antérieures, ils ne sont que très rarement identifiables statistiquement dans la mesure où ils sont souvent en situation irrégulière. L’immigration irrégulière est une des formes dominantes de la politique publique d’immigration. La diversification de lieux de départ de l’émigration a aussi pour effet une diversification des nationalités présentes sur le territoire. Dès lors, de nombreuses qualifications relatives à la nationalité sont utilisées : les Polonais, les Roumains, les Albanais, les Ukrainiens. Pour l’Afrique, une nouvelle dénomination apparaît, expression du désarroi de l’identification. Pour éviter l’utilisation de la désignation « les Noirs » trop connotée par rapport à l’histoire coloniale, le terme Africain subsaharien s’est généralisé.

1.2. Les mots de multiculturalisme

L’installation des populations issues de l’immigration n’a pas toujours modifié les mots utilisés pour qualifier ceux qui seraient dans les pays anglo-saxons des minorités ethniques. Sur ce point, les qualifications des descendants des immigrés est un enjeu très important qui a cette particularité en Belgique de se décliner différemment chez les francophones et chez les flamands. L’assouplissement des modes et des conditions d’acquisition de la nationalité belge a eu pour effet un accroissement substantiel, surtout statistiquement visible localement, d’étrangers qui sont devenus Belges. Ce changement concerne plus de 400.000 personnes, entre 1985 et 2001, soit 4% de la population totale.

Cette transformation juridique contribue aussi à la formation sociologique de minorités ethniques, qui du côté francophone continuent à être désignées par le terme « immigrés » et du côté flamand par le mot « allochtone ». Même si les minorités ethniques n’existent pas comme groupes sociaux mobilisés, elles existent au moins comme groupes sociaux dans les représentations et les discours majoritaires : « les Musulmans », « les Marocains ». Ces désignations collectives construisent des groupes et un espace opposant des nationaux légitimes (« les Belges de souche ») et les « nouveaux Belges » (« les Belges sur papier »). Du côté flamand, depuis le début des années quatre-vingt-dix, le terme de migrant a été abandonné.

Un très large consensus existe sur le recours au mot « allochtone » emprunté aux modes de désignation en vigueur aux Pays-Bas. Le terme d’allochtones est utilisé dans la vie ordinaire, dans les discours politiques et dans les travaux scientifiques. Le terme a même une définition officielle. Selon un décret de la Communauté flamande de 1998, les allochtones sont des personnes –possédant ou non la nationalité belge- qui résident légalement en Belgique, dont au moins un des parents ou des grands-parents est né en dehors de la Belgique, et qui sont défavorisées en raison de leur origine ethnique ou de leur situation socio-économique précaire. Cette définition ajoute que les allochtones sont aussi des personnes issues de l’immigration non-européenne. Cette désignation peut être considérée comme une qualification raciale, puisqu’il s’agit de dissoudre le changement juridique de la nationalité, de nommer essentiellement les populations les plus stigmatisées, à savoir celles issues de l’immigration marocaine et turque. Du côté francophone, ce terme est très peu utilisé. Toutefois, l’alternative n’est pas plus satisfaisante, puisque le mot d’immigré continue à être utilisé. Quelques chercheurs utilisent la qualification « minorités ethniques » qui n’est pas acceptée dans le langage ordinaire ou dans l’espace politique et médiatique. Dès lors, une pluralité de mots sont mobilisés : « immigrés », « Belges d’origine étrangère », « Belges issus de l’immigration », « nouveaux Belges », etc. Un constat peut être arrêté sur les modes de désignation post-migratoire : les Flamands utilisent plus fréquemment des mots qui négligent le mot « Belge » et qui signifient qu’ils n’appartiennent pas culturellement à la communauté flamande imaginée et les francophones mobilisent abondamment le mot « Belge » pour désigner leur appartenance juridique à la Belgique tout en insistant sur leur différence culturelle. Deux modes de désignation différents qui aboutissent à un résultat semblable, le maintien d’une partie des descendants des immigrés dans un statut de citoyens de seconde zone, culturellement parlant. Ceci qui constitue la forme belge de la racialisation des rapports sociaux.

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Belgian Research Paper (Draft)

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